Investir dans la durabilité : une bonne stratégie d’investissement ?

Les fonds intégrant des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance représentent désormais près de 20 % des encours mondiaux, selon Morningstar. Pourtant, la rentabilité de ces placements fait toujours l’objet de débats entre experts et investisseurs traditionnels. Les critères extra-financiers, longtemps relégués au second plan, s’imposent progressivement dans les choix de portefeuille, bousculant des habitudes bien ancrées.

Certaines entreprises affichant de solides performances financières voient leur accès aux capitaux se restreindre, faute de respecter des normes éthiques strictes. À l’inverse, des sociétés récemment engagées dans la transition écologique captent l’attention, malgré un historique de rendement encore limité.

L’investissement durable, une tendance qui change la donne

Impossible d’ignorer la percée de la finance durable sur les marchés financiers. Ce mouvement ne doit rien au hasard : en quelques années, la stratégie d’investissement responsable est devenue incontournable. Les flux s’orientent massivement vers l’investissement durable, galvanisés par la montée en puissance des investisseurs institutionnels et l’exigence d’une nouvelle génération, bien décidée à accorder de l’importance à l’impact social et environnemental de ses placements.

Le choix ne cesse de s’étoffer, comme en témoignent les produits suivants :

  • Les fonds qui misent sur la transition écologique ou les énergies renouvelables prennent une place de premier plan.
  • L’agriculture durable attire désormais une part croissante de capitaux.
  • Les obligations vertes, ou green bonds, s’imposent peu à peu sur le marché obligataire.

Ce n’est plus une affaire de pionniers. L’Agence internationale de l’énergie chiffre à plus de 500 milliards de dollars les investissements dans les énergies renouvelables pour 2023, alors que les énergies fossiles peinent à suivre le rythme, avec 300 milliards. Ce rééquilibrage de l’épargne envoie un message clair : les entreprises doivent réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, innover, repenser leur modèle.

Les investisseurs ne se contentent plus d’exiger un rendement : ils tiennent à ce que leur argent génère un impact social environnemental positif. Ce virage se traduit aussi par un intérêt marqué pour les entreprises qui prouvent qu’elles progressent en matière de développement durable et qui intègrent ces valeurs dans leur gouvernance. L’urgence climatique et sociale pousse les marchés financiers à reconsidérer leurs priorités. Désormais, la vraie question, c’est : comment mesurer la transformation en marche ?

Pourquoi de plus en plus d’épargnants s’intéressent à la finance responsable ?

Le désir de donner du sens à son épargne s’impose peu à peu. Nombre d’épargnants ne veulent plus se contenter d’une performance chiffrée : ils souhaitent voir leur argent contribuer à un impact positif. La finance durable s’adresse à cette attente, en offrant la possibilité d’investir dans des entreprises ou des projets engagés pour le climat, la société ou la gouvernance.

Derrière ce virage, plusieurs facteurs s’additionnent. Les dérèglements climatiques, les crises sanitaires, la poussée des inégalités : tout invite à s’interroger sur la destination de l’argent investi et sur ses conséquences. Les labels et certifications se multiplient, à commencer par le label investissement socialement responsable (ISR), qui met en lumière les fonds soucieux de critères sociaux, environnementaux ou de gouvernance.

Les évolutions réglementaires amplifient ce mouvement. Depuis l’application de la réglementation SFDR en Europe, la transparence devient la norme : chaque produit financier doit exposer clairement son degré de responsabilité. Les plateformes web et les néobanques démocratisent l’accès à ces placements, rendant l’investissement responsable beaucoup plus accessible.

Enfin, la question de la performance n’est plus un frein. Plusieurs analyses partagées par l’AMF confirment qu’un investissement socialement responsable ne rime pas nécessairement avec perte de rendement. Certains fonds font même mieux que la moyenne, en limitant les risques liés à une gestion imprudente de l’environnement ou du social. La quête de sens se conjugue ainsi avec l’exigence financière.

Comprendre les critères ESG et les différentes approches de l’investissement responsable

Au centre de l’investissement durable, on retrouve les fameux critères ESG : environnementaux, sociaux et gouvernance. Ils forment une grille d’analyse qui dépasse le cadre financier classique. Un fonds ou une entreprise évalués sur ces critères ne se limitent plus à la croissance de leur chiffre d’affaires : leur capacité à anticiper les risques climatiques, à soigner le climat social ou à garantir l’intégrité de leur direction pèse tout aussi lourd.

Pour bien saisir les dimensions couvertes, voici les trois piliers qui structurent l’analyse ESG :

  • Environnementaux : gestion raisonnée des ressources, baisse des émissions de gaz à effet de serre, innovations écologiques, développement des énergies renouvelables.
  • Sociaux : respect des droits humains, amélioration des conditions de travail, encouragement de la diversité, impact positif sur les territoires.
  • Gouvernance : transparence des décisions, prévention de la corruption, indépendance des instances dirigeantes.

Mais tout n’est pas si simple. Certains gestionnaires sélectionnent les titres en excluant purement et simplement certains secteurs (armement, tabac, etc.), d’autres intègrent les critères ESG dans toutes leurs analyses. L’approche « best-in-class » distingue les entreprises les plus avancées de leur secteur, tandis que l’investissement à impact cible des projets générant un bénéfice social ou environnemental mesurable.

Les labels comme ISR ou Greenfin (délivré par le ministère de la transition écologique) cherchent à clarifier l’offre. Pourtant, la vigilance reste de mise face au greenwashing. Les investisseurs avertis prennent le temps d’examiner les méthodologies, de lire les rapports extra-financiers, de comparer les promesses aux résultats concrets. L’investissement socialement responsable s’évalue dans la durée, à l’aune de preuves tangibles et d’un contrôle indépendant.

Homme dans la ville avec architecture écologique et jardins

Comment se lancer concrètement dans l’investissement durable sans se tromper ?

Pour franchir le pas de la finance durable, il s’agit d’abord de choisir ses supports avec discernement. Actions d’entreprises engagées, obligations vertes (green bonds), fonds labellisés ISR, ETF thématiques : chaque option ouvre une porte différente. Certains privilégient l’investissement direct dans des sociétés innovantes, qu’il s’agisse d’agriculture, d’énergies renouvelables ou de construction bas carbone. D’autres préfèrent la diversification à travers des fonds ou des exchange traded funds (ETF) regroupant des actifs répondant à des critères sociaux et environnementaux stricts.

Les assurances-vie et LDDS (livrets de développement durable et solidaire) se mettent aussi à la page, en proposant des unités de compte axées sur des secteurs à impact social environnemental positif. Les banques éthiques et néobanques vertes gagnent du terrain, affichant une politique de financement claire et se tenant à l’écart des industries polluantes.

Avant de placer ses économies, un minimum de contrôle s’impose. Il est recommandé d’analyser les rapports extra-financiers, de repérer les labels fiables comme ISR ou Greenfin, et de consulter les méthodologies d’évaluation mises en avant. La transparence se juge à la cohérence entre les discours et la réalité des investissements.

La diversification constitue un principe de base : répartir ses placements entre actions, obligations vertes, immobilier durable, c’est amortir les risques tout en maximisant la portée de son engagement. S’interroger sur la cohérence de chaque choix, sur l’impact social ou environnemental produit, sur la fiabilité des projets soutenus, voilà ce qui distingue un investisseur durable. Rien n’est improvisé : derrière chaque décision, il y a une analyse minutieuse et une conviction profonde.

Le cap est donné : une finance capable de peser sur le réel, d’inspirer la confiance et de prouver que la rentabilité peut rimer avec responsabilité. Et si, demain, investir signifiait vraiment choisir le monde dans lequel on veut vivre ?

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