La SNCF a fermé la majorité des lignes de trains auto-couchettes entre 2010 et 2020, malgré une demande stable sur certains axes. Les statistiques officielles indiquent que près de 80 % des déplacements longue distance en France s’effectuent encore par la route, un chiffre qui reste constant depuis quinze ans, alors que le parc automobile continue de croître dans les zones rurales.
À l’échelle locale, quelques collectivités font le pari de solutions alternatives, mais ces initiatives peinent à couvrir tous les besoins. Les offres sont dispersées, la coordination régionale n’arrive pas à suivre le rythme de la demande. Les chiffres sont sans appel : dans les territoires ruraux, la voiture individuelle règne encore en maître, et rien ne semble vraiment ébranler cette hégémonie.
La mobilité en milieu rural face au défi de l’autosolisme
Dans les territoires ruraux, la mobilité quotidienne se heurte à une évidence : la voiture individuelle s’impose comme le choix par défaut. L’offre de transports publics, déjà maigre, s’est amenuisée au fil des ans. Pour se rendre au travail, accéder à un médecin ou accompagner les enfants à l’école, impossible de compter sur un bus ou un train à l’horaire commode : le véhicule personnel devient vite incontournable.
Le covoiturage, souvent présenté comme une solution miracle, progresse à petits pas. Hors des grandes villes, les réseaux structurés font défaut, et chacun se débrouille comme il peut. La mutualisation des trajets affronte des obstacles concrets : horaires difficiles à concilier, distances importantes, manque d’infrastructures adaptées. Depuis la disparition du train auto, le vide est encore plus criant. Les cars express et les initiatives locales de mobilités partagées peinent à combler ce manque. Pour beaucoup, prendre la voiture reste un passage obligé, une nécessité plus qu’un vrai choix.
Des efforts existent. Certaines collectivités testent des plateformes numériques de covoiturage, réaménagent des horaires de bus, installent des points de rabattement vers les gares les plus proches. Mais aujourd’hui, ces initiatives ne changent pas la donne à grande échelle. Pour lutter contre l’autosolisme, il faut oser innover, s’engager politiquement et adapter les solutions aux réalités du terrain. La question demeure : comment permettre à chacun de se déplacer dignement hors des grandes villes, sans renforcer la fracture entre territoires ?
Train auto en France : retour sur un service emblématique et ses raisons d’abandon
Pendant des décennies, le train auto en France a proposé une façon singulière de voyager. On chargeait sa voiture sur un wagon, on embarquait pour la nuit entre Paris et le sud, et au petit matin, on retrouvait son véhicule prêt pour les routes de Provence ou des Alpes. Ce service, né dans l’après-guerre, répondait à la montée en puissance de l’automobile et au désir de vacances lointaines. Il permettait de profiter du train sans renoncer à la liberté d’avoir sa voiture sur place.
Le train auto a suivi l’évolution du service public ferroviaire : triomphant dans les années 1970, reliant Paris à Marseille, Lyon, Grenoble… puis lentement délaissé. L’exploitation coûtait cher, la clientèle se raréfiait, l’autoroute gagnait du terrain, l’avion aussi. Les infrastructures vieillissaient, la logistique devenait pesante. Pourtant, ce mode de transport restait un exemple en matière de bilan carbone par rapport à la voiture individuelle.
Pourquoi avoir abandonné ? Plusieurs raisons : concurrence des modes de transport plus rapides, évolution des attentes des voyageurs, restrictions budgétaires. Des acteurs comme les AOM ou Atec Its France l’ont constaté : maintenir un service économiquement viable relevait du défi. En 2019, les derniers trains auto ont disparu, mettant un point final à une aventure qui avait tenté de concilier liberté de mouvement et mobilité longue distance pour des millions d’automobilistes.
Quelles alternatives pour transporter son véhicule aujourd’hui dans les espaces peu denses ?
Depuis l’arrêt du train auto en France, déplacer son véhicule sur de longues distances relève du casse-tête, surtout hors des grandes villes. L’offre ferroviaire classique ne compense pas ce manque. Les automobilistes doivent se tourner vers des solutions fragmentées, majoritairement privées et rarement mutualisées.
Le transport par camions porte-voitures est désormais la principale option. Des plateformes spécialisées proposent d’enlever votre véhicule à domicile et de le livrer à l’adresse de votre choix. Pratique, mais onéreux : les tarifs varient selon le trajet et le délai, et pour un usage individuel, l’addition grimpe vite. La mutualisation reste marginale, faute de rentabilité, notamment dans les zones rurales.
L’autopartage longue distance, via la location entre particuliers, attire certains conducteurs. Mais pour ceux qui tiennent à transporter leur propre véhicule, cela ne répond pas au besoin. Plusieurs services publics expérimentent des alternatives hybrides : cars express pour les passagers, navettes ou minibus pour la fin du trajet… mais aucune solution n’intègre réellement le transport de la voiture en elle-même.
Regardons au-delà des frontières : en Allemagne et en Suisse, le train auto existe encore pour quelques lignes, souvent en période touristique, parfois soutenu par une clientèle fidèle. Rien de tout cela en France. Ici, on peine à inventer un modèle économique pérenne, laissant les habitants des campagnes face à une équation difficile : comment concilier mobilité, accessibilité et contraintes géographiques ?
Statistiques, impacts et enjeux : repenser les solutions de mobilité durable hors des grandes villes
Le parc automobile français a franchi la barre des 38 millions de véhicules. Hors des agglomérations, la voiture reste la clé de voûte des déplacements quotidiens. Selon l’Insee, dans certaines zones rurales, jusqu’à 80 % des trajets domicile-travail s’effectuent en solo. Cette omniprésence façonne la réalité des mobilités et alourdit considérablement le bilan carbone de la France.
Le transport routier occupe une place considérable dans les émissions nationales : environ 30 % des gaz à effet de serre, dont une large part provient des véhicules particuliers. Les alternatives à la voiture peinent à s’imposer. Les transports collectifs restent minoritaires hors des grandes villes, faute d’offre adaptée, et le covoiturage progresse mais ne parvient pas à bouleverser l’ordre établi.
Quelques chiffres illustrent la situation actuelle :
- Âge moyen des véhicules : plus de 11 ans, ce qui freine la transition vers des modèles plus propres.
- Coût annuel pour les ménages : au-delà de 5 000 euros en moyenne, carburant inclus.
- Qualité de vie : une dépendance à la voiture qui accentue l’isolement et pèse lourd sur le budget familial.
Les défis sont clairs : garantir l’équité entre territoires, réduire les émissions, alléger le coût pour les ménages et les entreprises. Penser la mobilité durable ne peut se limiter aux grandes villes ; il faut intégrer la réalité des espaces peu denses, là où la voiture reste souvent la seule option, et où la transition écologique impose de repenser le quotidien sans sacrifier l’autonomie de chacun.
Le train auto n’est plus qu’un souvenir, mais la question reste entière : la France saura-t-elle réinventer ses routes et ses rails pour que la mobilité ne soit plus un privilège réservé à certains, mais un droit pour tous ?


